FR_ Un jour comme les autres. -Pascal Demeester.
Un jour comme les autres. -Pascal Demeester.
Pascal Demeester est originaire de Bruxelles, il est né à Schaerbeek en 1959. Il
étudie à l’E.R.G. , expose à la galerie Contretype et travaille 12 ans comme
photographe de mode et de pub à Bruxelles puis émigre aux USA où il travaillera
20 ans entre New York et Los Angeles.
Paris et Londres deviennent également des refuges temporaires. En 2019, il se
réinstalle avec son épouse, l'artiste japonaise Keiko Hamaguchi, à Bruxelles. Un
retour aux origines, qui se traduit aussi dans son travail.
C’est à partir de New-York en 2011 qu’il va développer progressivement un projet
artistique qui à débuté par un travail photo-graphique « Vanishing Point » et
« Shelter » ( Qui fera prochainement l’objet d’un livre et d’une exposition ) .
C’est aussi à Bruxelles (Ixelles) que Pascal Demeester s’est offert récemment
un espace où il peux présenter ses travaux . (Instagram @d_e_m_e_e_s_t_e_r)
Dans son exposition précédente, "Horror Vacui", il a exposé des dessins, des
gravures.
Son retour progressif à ses racines qui a commencé en 2011 l’a confronté
naturellement à la question : "Qui étais-je avant mon éducation, mes traumas,
avant tous les livres lu, les musées et mes expériences esthétiques ?"
Après les séries de photographie « Vanishing Point » et « Shelter » Demeester
enchaine une succession de gouache, fusain, crayon, gravure. Pour ces
derniers dessins il utilisera un papier texturé afin que son désir de formes, de
contours et de matières s'y incarne.
Pour Demeester c’est par le trait dessiné ou gravé, que tout commence.
Dans ces dessins de l'exposition "Horror Vacui", la lumière et l'ombre doivent
également être appliquées. Une lumière naturelle. C'est probablement le seul point
commun avec son travail de photographe.
Dans de nombreux cas, la complexité de ces dessins appelle une lecture calme et
lente. On y trouve déjà un retour aux origines, bien avant la culture (sans la nié
pour autant, bien entendu ) auquel cet artiste aspire tant.
Dans son exposition actuelle, « Un jour comme les autres », ce désir, ce
raisonnement, se poursuit.
Le sujet ? Une pléthore d'images de la vie quotidienne au Japon, dont beaucoup on
été captées à Tokyo, cette métropole animée, vibrante et aussi à la campagne où
résident les membres de la famille de son épouse. Les images sont apparemment
indépendantes. Mais c’est le spectateur qui décidera par lui-même. Rien n'est
imposé. Demeester dit lui-même : "En général, j'ai pris ces images de manière
simple, intuitive : dès qu'un lieu, une situation m’interpellait , une cadence
mentale, une composition se formait presque immédiatement. Tout ce que j'avais à
faire était de porter le viseur à mon œil et déclencher ".
Malgré l'agitation visuelle déterminée par la culture de l’archipel qui est
omniprésente à Tokyo, Demeester ne met pas l’accent sur cet aspect.
Là encore, il parvient à montrer des images qui dégagent une sérénité, un calme par
la discrétion des personnages et l’harmonie du graphisme. Parfois presque
austère, ce qui reflète un élément essentiel de cette culture.
À première vue, les 179 images présentées ressemblent à des « photo-graphies ».
Cependant, toutes ces images ( sauf une), ont été réalisées par une imprimante à
jet d'encre ( controlée par un peintre) . Jet par jet. Couleur par couleur. (30
jets d’encre par mm)
Que l’image soit « exécutée » jet par jet par une imprimante ou que l’image eut été
réalisée par la main d’un artiste couleur par couleur, le résultat obtenu ne change
rien au fait que nous observons une ensemble de couleurs pigmentaires sur une
surface à savoir : une « peinture ».
Pour Demeester ces179 images qui ressemblent d’abord à des photographie sont donc
bien des peintures/tableaux auquel il répondra en écho par une seule photo-
graphie.
Dans ce cas ci il ne présentera pas une « photographie positive » ( le
daguerréiotype) mais une « photo-graphie négative » soit dans le langage commun un
« négatif ».
A noter qu’un ‘tirage photographique argentique positif issu d’un négatif » est
une « image photographique hybride »
D'où la référence au sous-titre de cette série : "Japon 179 peintures 1
photographie".
Dans le cas qui nous occupe , les 179 images présentées « dérivent » de
fichiers numériques qui ont été obtenu par un dispositif de type « caméra photo-
numérique. » ( Mais rien ne le prouve et à vous de me croire ou pas sur parole )
Le spectateur pourra dès lors s'interroger sur la nature des images proposées.
En effet, les fichiers numériques, avant même leur interprétations par des jets
de couleurs , sont duplicables à l'identique, copiables, à l'infini.
Ils sont également 100% modifiables contrairement à l’image d’un négatif
photographique qui a été révélé par la chimie et qui est bien une trace obtenue
par l’énergie des photons transmis aux milliards de sel de bromure d’argent du
négatif.
Les fichiers numériques obtenus avec un camera photo- numérique (ou créés par des
images de synthèse) sont intégralement déconnectés de la réalité et ne peuvent
en aucune manière être de l’orde de la trace , de l’indice.
Par contre, avec un négatif qui a été marqué tel l’empreinte d’un pas de loup
dans la neige , il est certain que le réel a eu lieu.
Il est dès lors important de bien comprendre que lorsque nous utilisons une caméra
« photo-numérique » il y a d’abord, comme son nom l’indique parfaitement, une
phase capture « photons » dont la quantité énergétique est ensuite interprétée
par le convertisseur analogique /numérique en un fichier numérique composé de 0 et
1.
Il n'y a donc aucune certitude à ce stade que le réel à bien eu lieu et que
l’image numérique obtenue n’a pas été crée par une intelligence artificielle ou
autre programme de synthèse .
Les 179 images seront « exécutées » sur du « papier peint ».
Texte Guy Vanlaere
Demeester cite : "En effet, un des enjeux sociétaux fort importants est aujourd'hui
"le processus de confrontation entre la vérité et l'exactitude de la
représentation" - Pierre Barboza "Du photographique au numérique", Lharamttan,
1996.